photo : Thomas Dorn

 

Le combat des hommes bleus

Elisabeth Stoudmann, Vibrations, février 2007

[…] « Chez les Touaregs, la poésie a toujours joué un rôle central. Peut-être que sans la poésie, les touaregs n’existeraient pas », continue Ibrahim. L’écoute des légendes que nous raconte son ami et traducteur Dicko nous font entrevoir un univers peuplé de géants, les ancêtres des Touaregs aux imposants tombeaux circulaires, et d’étoiles, comme celles de la pléiade, sept filles de la nuit éternellement courtisées par un Dieu auquel elles resteront à tout jamais inaccessibles. Un monde onirique comme unique échappatoire a l’austérité environnante.

La chanson « Izarar Tenere », où Ibrahim se raconte habité par l’esprit du tende, est la preuve de cette inspiration sans cesse renouvelée. L’écoute d’ « Ahimana », incroyable improvisation vocale sur le thème de l’exil de Mohammed (dit Japonais), impose elle aussi le respect. On dit d’ailleurs, que le groupe a un répertoire de plusieurs centaines de morceaux… Ce soir-là, dans le désert, après s’être adonnés à un jeu d’apparitions et de disparitions à la lumière vacillante du feu, les Tinariwen s’assoient sur leurs amplis à accus, et branchent leurs guitares électriques. C’est au tour d’Abdallah – le « Rudolf Valentino du désert », comme le surnomme affectueusement son manager – de faire une démonstration d’improvisation saisissante. « C’est notre manière de composer. On essaie une poésie autour du feu. Quand elle sonne bien, elle peut résonner dans le monde entier. Sinon, elle reste tranquille… », résume l’intéresse, le sourire aux lèvres.

Si Ibrahim est le pivot de l’ensemble, Tinariwen vit aussi grâce à la personnalité bien distincte de chacun de ses membres. Sur la route, chaque 4x4 résonne à sa musique : Bob Marley, Hendrix, Cheb Bilal ou le joueur d’oud algérien, Alla. Autant d’influences musicales qui construisent l’identité de ce groupe décidément atypique.

Qu’ils improvisent en tenues traditionnelles dans les campements nomades, ou qu’ils s’attaquent en jeans à des raps en tamacheq à Kidal, la mélancolie infinie des compositions de Tinariwen est celle, universelle, de tous les peuples condamnés à l’errance, à la survie. Pour Eyadou, bassiste et arrangeur du groupe, le cas est clair : « J’essaie toujours d’amener plus de nostalgie dans la musique, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours l’impression que quelque chose me manque. » […]

Retrouvez l’article complet dans Vibrations n°90, février 2007.