ABDESSALAM MEJJAOUI

Que pensez-vous de la formation de musique au Maroc?

Tout d'abord, les études de musique devraient être ouvertes à tous. L'État marocain a pour projet d'introduire la musique à l'école. Je pense que c'est une très bonne idée. Je pense aussi que les artistes berbères devraient suivre une formation de solfège. Nous avons de très grands musiciens qui ont acquis leur savoir-faire grâce à une longue pratique. Mais malheureusement certains ne savent pas lire une partition.

Que pensez-vous du rôle du syndicat dans la défense de la musique berbère?

En 1996, l'émission "nejum lrad" (l'étoile de demain) de la 2e chaîne de télévision qui organise des concours dans toutes les villes du Maroc s'est déplacée à Agadir. Le concours était ouvert à la musique marocaine moderne et à la musique orientale. J'ai posé ma candidature mais mon dossier a été refusé pour le motif que je chante en berbère. Les membres du syndicat, qui faisaient partie du jury, n'ont pas réagi. Le syndicat ne devrait pas ainsi faire abstraction de la chanson berbère parce qu'elle constitue une base de l'identité culturelle marocaine.

Qu’attendez-vous des élections qui se déroulent en ce moment ?

Je pense que les citoyens ne devraient pas s'en tenir aux discours des hommes politiques. Ils devraient d'abord s'informer sur les candidats, savoir qui ils sont, ce qu'ils ont fait pour eux.

Selon vous comment doit être le bon candidat?

Tout d'abord il doit être jeune car seule la jeune génération peut apporter le changement. Ensuite, il doit être compétent et clair dans ses prises de positions.

La France vient de refuser un visa à Amori Mbark. Qu’en pensez-vous?

L'artiste ne peut pas vivre enfermé dans son pays. Une de ses vocations est d'apporter sa culture aux autres peuples. Par cet acte, l'État français a contribué à casser cet élan.

Pourquoi êtes-vous toujours présent dans le mouvement berbère?

En tant que chanteur engagé, ma participation dans le travail des associations est obligatoire. Ce qui se passe dans le mouvement berbère actuellement est très important. C'est aussi le seul lieu où la culture berbère peut s'exprimer démocratiquement.

Al aamal el Maghreb, n°18, page 13, avril 1997.