La
« Yal » de Tak
Par Hamida de l'Espace franco-berbère
(en ligne sur le site Planet
DZ)
Il est né
à Tixeraïne, son mandol a 2 manches et il est co-fondateur du groupe Agraw.
C’est un auteur, compositeur, interprète, vous le connaissez bien sûr c’est
TAKFARINAS.
Il chante la fête, l’amour, la destinée, le village, la crise, le rêve, l’espoir,
d’une façon moderne comme pour réinventer la chanson kabyle. Son concept musical
a la particularité de se tourner à la fois vers la tradition kabyle et vers
la Funk, le Rap, le Reggae et le Châabi : c’est la «Yal Music».
Ce chanteur au nom de guerrier berbère est notre rock star et nous en sommes
fiers.
Voici pour vous, notre interview…
EFB : Tu nous autorises à t’appeler TAK, peut-on en savoir
un peu plus sur ce nom d’artiste…
T : J’ai choisi « TAKFARINAS » il y a 22 ans. Ce prénom
peut évoquer la guerre mais moi je suis contre les tueries. C’est un prénom
qui me plaît parce qu’il est beau, il sonne bien et il est vraiment à NOUS !
les Romains l’ont façonné – car à la base il se prononçait autrement – merci
à eux !
EFB : En France comme en Algérie, ta carrière « explose »,
ton image est connue, ton style reconnu : que symbolises-tu à ton avis ?
T : Il m’est difficile de parler de moi. Parmi mes valeurs, je
parlerais de mon côté perfectionniste : ce que je veux c’est du
cent pour cent et quand je sors des studios d’enregistrement il est 3 heures
du matin. Si c’est nécessaire je répète 50 fois de suite. J’ai du caractère
et si mon travail est fait à moitié, ça me rend malade… d’autre part mes aïeux
sont « Yalistes », ce sont tous des artistes et je n’ai appris ni
notes ni accord. Chez moi c’est inné, voilà pourquoi je dis que je suis la
Musique. Même ma façon de travailler surprend car chez moi tout est naturel.
EFB : Tu as quitté l’Algérie il y a 20 ans pour rejoindre la
France. Tu sembles très attaché au quartier d’où tu viens. Parles nous de
ce microcosme situé à 5 minutes d’Alger et où personne n’aurait l’idée de
s’exprimer autrement qu’en kabyle…
T : A Tixeraïne, personne ne parle l’arabe, tout le monde parle
kabyle. C’est un endroit où les gens sont soudés et où tout le monde protège
l’autre. Ce quartier me manque beaucoup car j’y ai tout appris… Dans les années
70, lorsqu’on prenait le bus on osait s’exprimer en kabyle. C’était mal vu
et on nous observait car on dérangeait. Alors on parlait encore plus fort
notre langue… on se battait contre le système.
EFB :
Tu nous fais le plaisir de venir à Créteil célébrer Yennayer avec nous. Que
réserves-tu à ton public de Créteil le 27 janvier prochain ?
T : Si je viens, c’est pour chanter et ce soir là, je donnerai
tout : c’est ma nature ! Sur scène, ce qui se passe c’est magique,
spirituel. Parfois alors, mon public se déchaîne et là, il m’arrive de pleurer
de joie. Si le public réagit ainsi c’est que je transmets dans le cœur des
gens quelque chose qui fait qu’ils ne se contrôlent plus. Moi-même sur scène
je ne me contrôle pas : je ne suis plus moi, je suis « guidé »
en quelque sorte…
A Créteil ça va déménager…
EFB : Des parents et des grands-parents seront nombreux à ce
concert : Quel message aimerais-tu leur transmettre ?
T : Aux mères, à nos mamans, je voudrais dire merci. Merci beaucoup
de nous avoir transmis Tamazight. Je voudrais aussi leur demander de continuer
à parler et sauvegarder la langue berbère.
Aux personnes âgées je dirais que j’attends d’elles qu’elles me racontent
tout : ce qu’elles ont vu, ce qu’elles ont vécu, leur façon de voir la
France, de voir l’avenir de nos enfants en Europe.
EFB : Depuis le début de notre entretien, tu insistes sur la nécessité
de se battre pour réussir… s’agit-il d’un combat autour de tamazight ?
T : Je l’ai dit partout, je le répète ici : on a une place sur
terre, alors il faut, pour atteindre ses objectifs, travailler. Il ne
faut pas discourir, il faut agir ! Tant qu’on existe il faut garder l’espoir
et se donner la peine de travailler. Travailler pour cette langue qui est
la nôtre. A la maison, les parents doivent parler kabyle…Une anecdote :
quand je suis dans la rue et que j’entends parler kabyle, je suis tellement
ému que je m’arrête. Pour moi, parler kabyle à la maison c’est très important
mais le parler dans la rue c’est magnifique. Cet effort c’est à nous de le
faire. Cette langue est essentielle sinon il n’y aura plus d’Amazigh. L’amazighité
c’est l’histoire et la langue.
EFB : L’Espace Franco-Berbère existe et agit depuis plusieurs années :
quelle doit être sa priorité selon toi ?
T : Le problème à mes yeux c’est le cas des kabyles nés en France,
en Europe. Ils ne comprennent pas ou ne parlent pas leur langue. Les associations
doivent permettre d’apprendre la langue berbère sinon elle mourra. Cela fait
14 siècles que nous n’apprenons pas notre langue à l’école. On s’est réveillé
très tard mais si on veut on peut y arriver, cette langue on peut et on doit
l’écrire.
Source : «AZUL» La Gazette de l’Espace Franco-Berbère.
Numéro 1 – décembre 2000 – Comité de rédaction : Nora CHEDDAD et HAMIDA.
Edition : HOURIA.
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